Olivier Durand Lailler / ODL Interview par I.B.

Pourquoi avoir choisi la peinture ?

ODL. : Paradoxalement, de tous les modes d’expression que j’ai pu approcher, c’est de loin celui qui m’apporte le plus de liberté et de plaisir… Et pourtant, c’est celui que j’ai mis le plus de temps à accepter de mettre en œuvre, comme si, inconsciemment, j’avais attendu de pouvoir l’assumer. En alliant l’esprit et le geste, en allant à la découverte de la matière et de la couleur, je sens que je peux explorer l’univers, mes univers, à l’infini.

Quelles techniques utilisez-vous ?

ODL. : N’ayant pas fait d’Ecole d’art, veuillez tout d’abord m’excuser du langage peu académique que je peux utiliser, mais ce côté « exotique » est certainement une des composantes de ma singularité ! Je vous en parlerai donc avec mes mots. J’adore l’acrylique, pour sa texture malléable, ses possibilités de relief, le rendu franc de ses couleurs : elle me correspond bien.
Le choix de peindre avec des spatules de plâtrier sort certainement des sentiers battus et là, je m’éclate ! Avec elles, j’y gagne la rapidité, le mouvement, comme quand on regarde un paysage par la fenêtre du TGV et que l’on cherche à figer l’instant fuyant ! De différentes tailles, crantées ou plates, elles m’offrent d’intéressantes combinaisons et un contact physique fort et direct avec la toile. Je peints toujours debout, la toile posée à plat sur un large plan de travail, la musique à fond !
Je vous donne un exemple : depuis plusieurs semaines ou depuis quelques minutes, j’ai imaginé puis visualisé (écrit le scénario de…) ma future création et, une fois mes bouzines de couleurs posées sur la toile, le geste de spatule qui va les mélanger et les diffuser s’impose. Un mouvement de gauche à droite n’aura absolument pas le même rendu qu’un mouvement de droite à gauche. Comme un Chef cuisinier devant ses fourneaux, tout va très vite ! Tout mes sens sont en éveil, et jaillit de ma gourmandise, une expression intuitive !
Quand le geste est accompli, il y a parfois des surprises, bonnes ou moins bonnes, comme dans la vie ! J’aime cette notion d’accident qui vient bouleverser la quête de la perfection et donner une chance à l’imperfection de nous surprendre !

Comment définissez-vous votre œuvre actuelle ?

ODL. : Ludique est le premier mot qui me vient naturellement à l’esprit. Ma peinture est un jeu dont j’ai inventé les règles. Choisissez un thème qui alimentera une série, donnez lui un nom, associez-lui un nombre et tirez de votre jeu (de votre imagination) une carte, puis… accrochez-la au mur ! En fonction des thèmes abordés, j’adopte le style qui me paraît le plus adapté, je donne le ton qui va définir l’expression, parfois brut, figuratif, semi ou non figuratif. Cela me permet d’élargir considérablement mon champ d’action.
J’aime la diversité et le mélange, curieux et ouvert, je n’ai pas peur de grand-chose, pas même de moi-même, alors j’ose, avec optimisme et générosité, et je n’en suis qu’au début !

Vous considérez-vous plus plastique que symbolique ?

ODL. : Pour l’instant oui, sans aucun doute. C’est peut-être lié aux influences de ma génération. Je suis dans le « visuel » quoi que je fasse. Il y en a qui ont de l’oreille, moi j’ai l’œil (clin d’œil). Mes créations sont sensorielles, tactiles, centrées sur la matière, la texture. J’ai envie qu’on ait envie de les toucher ou d’y pénétrer, pas seulement de les regarder. Je cherche plus à provoquer la sensation que la réflexion.

Quels sont les artistes qui vous ont inspiré ou influencé ?

ODL. : Honnêtement je ne sais pas, tous en particulier ou aucun en général ? Bernard Loiseau et son inspiration culinaire ? Jeff Beck et sa guitare qui vit ? Olivier Vatine et son crayon magique donnant du mouvement à la BD ? Ma mère et ses croquis sur un bout de table ? Léonard de Vinci (avant Manpower), où encore bien d’autres ? … Comment savoir !

Qu’espérez-vous pour l’avenir ?

ODL. : Pouvoir continuer à peindre et poursuivre mes expérimentations en étant libéré de toute contrainte. Que mes créations continuent de susciter de l’intérêt, et mon côté mégalo me pousse à espérer que cet intérêt passe les frontières…
Vous savez, la pire des choses que l’on puisse dire à un jeune artiste peintre c’est : « j’aime beaucoup ce que vous faites… », et passer son chemin. La meilleure preuve que l’on apprécie son art c’est : de l’accrocher sur son mur !